C'est long mais c'est un de mes passages préférés dans "La complainte de l'ours" de Jean-Louis Etienne.
" Le 4 avril au matin, le printemps s'installait avec beaucoup d'éclat et je fuguai en fin de matinée pour aller aux nouvelles d'Utwig. De toute évidence, ma visite le dérangeait. Il me fit signe d'entrer rapidement et de garder le silence. Je ressentis avec beaucoup d'embarras mon irruption brutale dans l'intimité de sa vie.
- Assieds-toi sur le tabouret, et ne bouge pas, me dit-il à voix basse.
Utwig regardait dehors par la petite fenêtre ouverte à la hauteur de son visage. Très concentré, il semblait insensible aux bouffées d'air glacial en provenance du fjord. Je me doutai qu'un animal devait rôder dans le coin, et que mon arrivée l'avait fait fuir. Après deux minutes de silence, et sans la moindre alerte, une grosse tête blanche apparut à la fenêtre: un ours! Dressé sur ses pattes arrière, le redoutable carnivore était là, derrière le mur, ses griffes puissantes accrochées au cadre de l'ouverture. Pétrifié d'étonnement et d'excitation, j'avais du mal à rester calme. Utwig ne bougeait pas d'un pouce, sa tête à la hauteur de celle du fauve. De sa truffe noire, l'animal dessinait des ronds et des huit à la barbe blanche du vieux sage. Ses yeux malicieux, attendrissants, en disaient long sur ses intentions gourmandes. A cet instant sublime, Utwig approcha lentement une cuillère de confiture en marmonnant des mots tendres. L'ours inclina la tête, sortit sa langue et lécha calmement avec une infinie délicatesse. Mon coeur cognait dans la poitrine. Utwig regardait la bête avec tendresse, un regard qui vient de l'âme, de cette part de l'être qui abrite la pureté des sentiments, qui ne trompe pas. L'ours le sentait bien. Il lui servit une deuxième cuillère en disant quelques mots en norvégien que l'animal comprit. Puis il disparut et Utwig referma la fenêtre.
Le soleil brillait dans la cabane silencieuse. Le vieil homme était ailleurs, les yeux illuminés, touché par la grâce d'un bonheur innocent. Il venait de réveiller l'enfant blotti au fond de son corps enraidi."
La vie de l'ours est intimement liée à la glace de mer. La banquise est son terrain de chasse. En ces leiux où la vie est si dure, les bêtes ne se déplacent jamais pour rien. Une raison vitale les pousse à parcourir de grandes distances: la chasse au phoque. Même si l'ours polaire est un bon nageur, il ne peut rivaliser dans l'eau avec l'agilité des pinnipèdes, il n'a aucune chance d'en saisir un à la nage. C'est pourquoi sa méthode préférée est l'affût, au bord d'un trou dans la banquise. Le printemps est la période où le plantigrade refait ses réserves, ce qui l'amène à couvrir des centaines de kilomètres. En été, la disparition des glaces entraîne un régime minceur. Les femelles manquent de réserves. Leur lait s'en ressent et les oursons sont trop fragiles pour affronter le froid et la faim.
Sans aucun doute, la banquise est le seul véritable garde-manger de l'ours.
Mais quel est son avenir sur un royaume menacé de fondre?
C'est pour des raison comme celles-ci qu'il faut absolument faire notre possible pour réduire l'émission de gaz à effet de serre et réduire la pollution.
Je vous recommande vivement ce livre qui pour moi est une véritable hymne à l'homme, l'environnement et sa sauvegarde.